Airbus et Boeing ont-ils du souci à se faire ? La Chine veut maintenant construire ses propres avions. Elle a lancé hier à Shanghaï un nouveau constructeur aéronautique national – la China Commercial Aircraft - dont l’ambition est de fabriquer des avions commerciaux gros porteurs ? Allons nous bientôt voler chinois ?
Après les tee-shirts, les téléviseurs, les ordinateurs, pourquoi pas l’avion « made in China » ? L’ambition de Pékin ne fait aucun doute. Les chinois veulent construire un avion de 150 places, capable de rivaliser avec l’Airbus A 320 et le Boeing 737. Le marché est là : d’abord intérieur. Les Chinois sont de plus en plus nombreux à monter à bord. On estime que dans les 20 prochaines années, l’Empire du Milieu aura besoin de près de 3 000 appareils supplémentaires. Le savoir-faire : ils l’acquièrent en faisant subir aux Occidentaux le supplice chinois. Oui, nous leur vendons des Airbus, mais à condition de les assembler sur place et moyennant transfert de technologie. L’argent : avec 1 500 milliards de dollars de réserves financières, l’Etat a tous les moyens pour investir dans une industrie aéronautique autonome, comme il le fait par ailleurs dans son programme spatial. Avant les gros porteurs, un premier petit avion commercial de 70 à 90 places est d’ailleurs sur le point d’être lancé. Il est baptisé ARJ 21, ce qui signifie « avion régional de pointe pour le 21è siècle ». Les Chinois espéraient un vol inaugural avant les JO. Ils ont du y renoncer. Les problèmes techniques subsistent. Mais en matière de respect des calendriers de lancement, ni les Européens ni les Américains ne peuvent non plus jouer les fiers.
Mais est-ce qu’il s’agit vraiment d’une menace sérieuse pour les constructeurs qui dominent le marché, Boeing et Airbus ?\
A court terme non. Il faut beaucoup de temps pour mettre au point un avion et exister dans la compétition mondiale. Airbus a mis trois décennies à pouvoir rivaliser avec Boeing. Et pour réussir à imposer un modèle, il ne suffit pas seulement de copier ce qui existe. Il faut qu’il comporte des innovations. Mais à l’horizon de 20 ou 30 ans, Boeing et Airbus reconnaissent que la Chine sera un concurrent majeur. Y compris ailleurs qu’en Asie. C’est ce qui est en train de se passer avec l’automobile. Les modèles chinois progressent à pas de géant et vont rapidement prendre des parts de marché en Europe. Ils sont aussi en train de mettre le paquet sur la recherche et l’innovation. Ce n’est pas une révolution culturelle qui est en marche, mais bien une révolution technologique.