Le tourisme au Vietnam est très encadré. On ne va pas à la baie de Ha Long sac au dos, sans avoir rien réservé. On prépare, on planifie, on n'a pas vraiment le choix. Et la splendeur des paysages n'arrive pas toujours à compenser la tristesse de laisser l'aventure de côté.
Chercher l'alternative
Les easy drivers de Dà Lat savant bien que de plus en plus de touristes cherchent à éviter les circuits touristiques classiques et à se tailler sur mesure un voyage au Vietnam, inoubliable, plein d'imprévus. Ce groupe de riders du Centre est né à l'initiative d'une dizaine de motards. Ho Vui, "Mister Happy" pour ses compagnons de bitume, raconte : "J'ai travaillé 17 ans pour Saigon tourist, j'étais chauffeur. Un jour, j'en ai eu assez, je me suis acheté une bonne moto et j'ai commencé à transporter des touristes autour de Dà Lat, la ville où je vis".
Aujourd'hui, ils sont entre 80 et 85 et sont de plus en plus connus. Ils sont dans tous les guides de voyages, et en ville, de nombreuses personnes les saluent. On peut les croiser un peu partout, mais surtout à Dà Lat, où le groupe a son fief, et sur les routes des hauts plateaux du Centre. Ils ont leurs restaurants de prédilection, où ils se retrouvent. Ils se reconnaissent de loin, grâce à leurs japonaises de baroudeurs, énormes, surchargées de sacs, et à leur blazer bleu sur lequel est imprimé le glorieux titre : Dà Lat-easyrider. Ils sont fans du film de Dennis Hopper, qui leur a donné leur nom.
L'aventure pour qui ? Il est bon de traverser des contrées en compagnie d'un homme qui les connaît (pas de femmes chez les easy riders). Il est bon de prendre les petites routes sans avoir peur de se perdre, en sachant qu'au bout, il y a un site intéressant, une cascade, une fabrique de soie, un village de bananes, un élevage d'éléphants, une plantation de café, d'hévéas, de thé, de poivre, un atelier de poterie, de fabrication d'huile de cacahouète, de pulvérisation du manioc… Et, si l'on loue une moto pour suivre son guide au bout du monde, quel plaisir de conduire en montagne et de suivre son guide, qui en général ne perd jamais ni sa patience ni son sourire.
Cependant, une telle liberté se paye. Pour "louer" un easyrider, il faut compter a peu près 60 dollars par jour, sans le logement ni la nourriture. Le prix est très raisonnable au regard de la qualité du voyage, mais ce n'est pas accessible à tout le monde. "Nous avons très peu de clients vietnamiens", regrette “Mister Happy”. "Imaginez un peu, un père vietnamien qui laisse partir sa fille sur les routes, sans savoir où elle va dormir !"
En effet, il est toujours à noter que les structures touristiques qui se développent le plus et le plus vite au Vietnam sont destinées aux touristes étrangers. Le Vietnam, depuis le Renouveau, se met à l'heure touristique. Cependant, voyager semble rester pour beaucoup de Vietnamiens une chance, ou un luxe, qu'on ne s'accorde que pour le Têt, pour aller voir la famille. Le tourisme est une activité économique comme les autres : elle est toute entière tournée vers le profit. Mais le tourisme bon marché existe. Celui de la débrouille, de l'improvisation. C'est en général ce tourisme que les habitants d'un pays pratiquent sur leur territoire. Cela n'a guère l'air de mise au Vietnam. Peut-être les années à venir apporteront-elles ce souffle romantique du voyage d’aventure ?
Source: Le courrier du vietnam |